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filmo

Une nouvelle vie pour de vieux films

Aujourd’hui, on ne regarde plus seulement les films au cinéma, mais de plus en plus à la maison, sur des plateformes de vidéo à la demande. Or les classiques du cinéma suisse ne sont guère disponibles sur ce genre de services. C’est sur le point de changer grâce au projet filmo soutenu par Engagement Migros. Une toute première édition en ligne du cinéma suisse sera lancée en juin, le rendant ainsi accessible à un jeune public. Mais ces perles cinématographiques doivent être numérisées pour pouvoir être diffusées sur Teleclub ou iTunes. Un processus qui peut durer jusqu’à un an par film.

 

À partir du 6 juin, les classiques du cinéma suisse seront disponibles à la vente ou à la location depuis la maison. Les dix premières perles cinématographiques suisses d’une édition en pleine expansion seront alors présentées bien en vue sur les plateformes de vidéo à la demande de Teleclub, iTunes, cinefile, leKino, UPC et Sky. Parmi elles, des films comme «La barque est pleine» de Markus Imhoof ou «La Dernière Chance», palme d’or à Cannes en 1946. Grâce au projet filmo, ce sera la première fois que certains films seront disponibles en streaming en qualité HD. Pourtant, de nombreux obstacles se sont dressés sur le long chemin qu’ils ont parcouru entre les archives du cinéma suisse, où ils étaient plongés dans un profond sommeil, et les plateformes de streaming.
 

De gros travaux de préparation

Rien que la sélection des films n’a pas été une sinécure pour filmo. Des curateurs indépendants – parmi lesquels des critiques de cinéma, des spécialistes et des historiens du cinéma ou des directeurs de festivals de films – ont chacun sélectionné dix de leurs classiques préférés du cinéma suisse. Il devait s’agir de films sortis il y a plus de dix ans et qui ont un intérêt culturel, historique ou esthétique pour le patrimoine cinématographique. Pour chaque film, les experts ont rédigé une brève note expliquant pourquoi ce film devait être présenté au grand public. Ces explications, que l’on peut retrouver sur le site Web filmo.ch, permettent aux spectateurs de comprendre pourquoi ce film mérite d’être découvert et pourquoi il est important dans l’histoire du cinéma suisse.

Dix classiques du cinéma suisse pour commencer

filmo est une initiative de l’association CH.Film, réalisée par les Journées de Soleure et rendue possible grâce à Engagement Migros, le fonds de soutien du groupe Migros. La première édition en ligne du cinéma suisse filmo a donc été lancée, elle donnera une meilleure visibilité aux classiques du cinéma dans l’espace numérique. Le 6 juin, les œuvres-clés du cinéma suisse seront disponibles sur les plateformes de vidéo à la demande Teleclub On Demand (Swisscom TV), iTunes, Apple TVcinefile, leKino, UPC et Sky. À leur sortie, elles figureront sur la liste des films à voir absolument et pourront être louées ou achetées. À terme, ces plateformes intégreront toute une bibliothèque de films suisses.

Chaque image est vérifiée individuellement lors de la restauration. (Photo: Simon Tanner)

Chaque image est vérifiée individuellement lors de la restauration. (Photo: Simon Tanner)

Chaque année, de nouveaux experts seront priés de choisir dix œuvres-clés de l’histoire du cinéma suisse qui seront ajoutées à l’édition. Il en résulte pour le moment une liste de 80 films qui sont en cours de transcription et d’incorporation par la direction du projet. Certains des films qui figurent sur cette liste ont déjà été numérisés et publiés. D’autres ont totalement disparu de la scène: ils doivent d’abord être entièrement numérisés avant de pouvoir être visionnés par les spectateurs, sans parler du fait qu’il faut parfois commencer par retrouver les enregistrements originaux. «En moyenne, il me faut un mois de recherche pour chaque film concerné», explique Florian Leupin, chef de projet de filmo. Cela implique de localiser les films dans les archives de la Cinémathèque suisse à Lausanne ou chez des particuliers. Une fois le film retrouvé, il faut encore que le réalisateur ou le détenteur des droits donne son autorisation pour la numérisation. «La plupart des gens se réjouissent que quelqu’un prenne les choses en main», déclare-t-il. Après tout, il n’est pas rare que la numérisation permette de sauver de la ruine les films les plus anciens.

«Nous scrutons chacune des 135 000 images une par une.»

Nicole T. Allemann, cinegrell

«Il peut arriver que le stockage des bobines de film en celluloïd pendant de longues années entraîne des problèmes comme des moisissures», déplore Nicole T. Allemann, restauratrice de films chez cinegrell, la société chargée de préparer les classiques. Mais des produits spéciaux existent pour détruire les champignons ou en stopper la prolifération. Il y a aussi souvent des résidus cassants du ruban adhésif utilisé pour raccorder les bobines de film à éliminer, ou des rayures à réparer. «Un film peut compter jusqu’à 135 000 images. Nous les scrutons une par une», précise Nicole T. Allemann.

«Le but ultime est de transmettre les films au grand public, la numérisation n’est ‹que› le moyen d’arriver à nos fins», déclare Florian Leupin, chef de projet de filmo. (Photo: Simon Tanner)

Aujourd’hui, les logiciels modernes permettent de tirer beaucoup de choses des vieux films, mais il faut faire attention de ne pas trop en faire. «Nous devons respecter scrupuleusement des règles éthiques lors de la restauration. Cela signifie que nous essayons de rester aussi proches que possible de l’original», indique Nicole T. Allemann. Si par exemple une scène est floue, la netteté ne sera pas améliorée, même si la technique le permet. «À moins que le réalisateur le souhaite explicitement», précise Florian Leupin. «Certains auraient aimé tourner certaines scènes différemment, mais ils étaient limités par la technique. Ils sont donc heureux de pouvoir corriger ces défauts.» En plus de l’image, le son doit également être remis en état, par exemple en convertissant les pistes mono en stéréo. De plus, chaque film sera complété avec les sous-titres manquants: filmo proposera tous les films avec des sous-titres en allemand, français et italien.

L’ensemble du processus, de la sélection des films à leur publication sur la plateforme de streaming, peut durer une année entière. (Photo: Simon Tanner)

L’ensemble du processus, de la sélection des films à leur publication sur la plateforme de streaming, peut durer une année entière. (Photo: Simon Tanner)

Une courte bande-annonce est produite pour chaque film afin qu’ils soient bien mis en valeur sur les plateformes de vidéo à la demande. «À l’époque, certains films n’avaient pas du tout de bande-annonce ou elles duraient entre cinq et sept minutes, ce qui est bien trop long à l’heure d’aujourd’hui», rapporte Florian Leupin. Ces mises en bouche sont réalisées par de jeunes cinéastes suisses, ce qui permet de répondre aux habitudes du public d’aujourd’hui.
 

Bon accueil du milieu

Sélection des films, recherche, numérisation, réalisation des bande-annonce: tout cela prend du temps. L’ensemble du processus, de la sélection des films à leur publication sur la plateforme de streaming, peut durer une année entière. Ensuite, les films sont accessibles à la location ou la vente. filmo reçoit une toute petite part des recettes perçues. «C’est plutôt symbolique, nous trouvions important qu’une grande partie des revenus reviennent aux détenteurs des droits cinématographiques et aux réalisateurs», explique Florian Leupin. Au début du projet, d’aucuns craignaient que les films soient mis gratuitement à disposition sur ces plateformes. «Nous avons donc dû faire tout un travail d’information. Le projet bénéficie désormais d’un bon accueil», se réjouit-il.

La restauration et la numérisation demandent beaucoup de doigté: il faut le plus grand soin pour ne pas endommager des films souvent fragiles. (Photo: Simon Tanner)

La restauration et la numérisation demandent beaucoup de doigté: il faut le plus grand soin pour ne pas endommager des films souvent fragiles. (Photo: Simon Tanner)

Malgré ces rentrées, il ne faut pas se faire d’illusions: filmo ne couvrira jamais ses dépenses. La restauration et la numérisation des films sont bien trop coûteuses pour cela. Raison pour laquelle le projet dépend du soutien financier d’Engagement Migros. «C’est important pour nous de conserver le patrimoine cinématographique suisse», argue Britta Friedrich, cheffe de projet chez Engagement Migros. Même si certains films sont parfois sortis il y a plusieurs dizaines d’années, ils sont bien souvent toujours d’actualité. «Préparer et conserver n’est pas une fin en soi: ce qui nous importe le plus, c’est que les films puissent de nouveau être visionnés», souligne-t-elle. Et pour cela, il faut qu’ils réapparaissent sur l’écran radar du public. Le projet vise aussi à éveiller la demande, notamment d’une audience plus jeune, pour sortir le cinéma suisse de sa niche. Florian Leupin d’ajouter: «Notre objectif principal est de faire revivre les films, donc de les transmettre au grand public, la numérisation n’est que le moyen d’arriver à nos fins.»

«Chacun des classiques sélectionnés véhicule un message intemporel.»

Florian Leupin, filmo

Britta Friedrich est consciente que ces films seront difficiles d’accès pour certaines personnes. «C’est pourquoi les brefs textes d’explication rédigés par les experts sont essentiels. Cela permet au jeune public de mieux se laisser embarquer dans ces films.» Florian Leupin estime aussi que les anciens films suisses n’ont rien perdu de leur actualité: «Chacun des classiques sélectionnés véhicule un message intemporel; ce serait dommage de les perdre et de ne pas les rendre accessibles à la génération actuelle.»